La lumière diffusée par l’ampoule de ma chambre est jaune. Jaune et brillante comme un soleil. Est-ce là encore un symbole de notre arrogance ? De nous sentir si petits face au soleil et aux arbres, nous avons découvert l’électricité et inventer le ciment pour édifier d’immenses immeubles éclairés de toute part. Des tentatives un peu pathétiques. Pathétiques mais durables… trop durables. Nos blocs de ciment perdureront des milliers d’années. Les pyramides ont-elles été érigées avec la même intention ? Compenser notre petitesse ? Nous rassurer ? Faire face au noir de l’univers ?
L’humain a peur du noir. Il a toujours eu peur du noir. Il s’est réfugié dans des grottes, sous la terre, il a bâti des murs et des toits. Aujourd’hui, il construit des gratte-ciels et plante des lampadaires. Il chasse la nuit.
Un jour où l’autre, il faudra pourtant bien qu’il l’affronte, qu’il éteigne ses lampes, qu’il ouvre ses portes, qu’il enlève ses chaussures et qu’il parte dans la forêt pour y passer une nuit ou deux. Qu’il expérimente, sans toit au-dessus de la tête, sans couette pour se blottir, la totalité du noir, l’obscurité complète d’une nuit sans lune.
Au petit matin, quand il se réveillera, s’il a réussi à fermer l’œil de la nuit, l’aube jaillira comme un nouveau printemps. Et l’humain, ayant retrouvé ses pleins pouvoirs, pourra sereinement attendre la nuit prochaine.










